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MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA MESSE CHRISMALE

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  • Alex
  • sept. 15, 2020

Révérends pères,                                                                    

Révérends frères, révérendes sœurs,                                                         

Chers frères et sœurs,

Les paroles de ce chant que nous venons d’exécuter ensemble ont le double mérite de traduire, d’une part ,le sentiment profond qui peut habiter l’âme et le cœur de ceux qui ressentent un appel particulier de Dieu sur leur vie ou même

Lectures : Isaïe 49, 1-6 / Luc 4, 16-30

Cathédrale Saint Paul du Plateau Abidjan

Samedi 12 septembre 2020

Chant : ‘‘Me voici, Seigneur mon Dieu, mon Rédempteur, je suis prêt pour te servir. O mon Dieu, tu sais je suis faible, je ne sais comment faire ta volonté ; Tu me dis, marche en avant et n’aies pas peur car Je suis, toujours près de toi.’’

Révérends pères,                                                                    

Révérends frères, révérendes sœurs,                                                         

Chers frères et sœurs,

Les paroles de ce chant que nous venons d’exécuter ensemble ont le double mérite de traduire, d’une part ,le sentiment profond qui peut habiter l’âme et le cœur de ceux qui ressentent un appel particulier de Dieu sur leur vie ou même simplement le désir de marcher à la suite d’un berger comme Lui ! D’autre part, ces mêmes paroles révèlent aussi que quand Dieu appelle à le suivre, quand il séduit une âme, la peur ,de même que les qualités personnelles que l’on peut avoir ou pas, n’ont plus d’importance, puisque Dieu, rend capable toujours ceux qu’il appelle !

A la vérité, Dieu Lui-même, parce qu’Il a l’initiative de toute vocation, veille de manière particulière à être près de nous à tout moment et en toute circonstance pour être notre force, si nous savons Lui faire confiance, quel que soit notre état de consacrés ou de fidèles, qui désirent marcher en actes et en vérité à la suite de Jésus-Christ leur Maître et Seigneur!

Finalement, ce qui compte ici avant tout, c’est bien le fait qu’au désir que tout homme peut éprouver de servir le Seigneur, doit se greffer la lucidité du serviteur ,pour reconnaître sa petitesse devant un si merveilleux appel, qui le met en mouvement hors de lui-même et vers les autres, mais tout en gardant l’assurance que Celui qui nous appelle à sa suite, ne nous décevra jamais, nonobstant les difficultés inhérentes à toute vie de foi, comme jadis ce fût le cas pour les premiers appelés !

Frères et sœurs,

Cette année, la célébration de la messe chrismale au cours de laquelle les prêtres, vos prêtres renouvellent leurs engagements sacerdotaux et où sont bénies les huiles qui serviront aux sacrements, intervient dans un contexte particulier, marqué par la pandémie de la Covid-19, une pandémie qui n’a pas encore fini de nous livrer ses secrets mais qui est pleine d’enseignements pourvu qu’on le veuille.

Par ailleurs, je voudrais me réjouir aussi de ce que la célébration de la messe chrismale se déroule au moment où dans quelques jours, l’Eglise universelle célèbrera la fête de la Croix Glorieuse, fête qui nous invite à remercier Dieu pour le don de son Fils qui a offert sa vie pour nous en acceptant de mourir, et de mourir sur une croix, afin que cet instrument de torture, ce gibet d’infamie devienne pour les croyants de tous les temps, le signe glorieux de la résurrection du Christ et de notre salut, annonçant ainsi que Celui qui aura toujours le fin mot de l’histoire de notre humanité, c’est bien notre Dieu.

1-  A propos de la messe chrismale

Frères et sœurs,

Dans quelques instants, vos prêtres vont procéder à la rénovation de leurs engagements. Loin de donner dans un rituel vide et creux pour combler le déroulé de la messe, les questions auxquelles ils vont répondre sont un engagement avec le Seigneur avec qui on ne ruse pas ! Je le dis pour eux mais je le dis également pour chacun de nous tous ici présents : on ne ruse pas avec Dieu ! Et c’est parce qu’on ne ruse pas avec Lui, que je voudrais recommander à vos prières plutôt qu’à vos critiques, la vie et le ministère de vos pasteurs afin qu’ils vous conduisent à Jésus, l'unique source du salut. Dieu qui connaît vos cœurs et vos besoins, saura vous le rendre à la dimension de son cœur miséricordieux.

        Chers confrères dans le sacerdoce ministériel,

Cette année, au sortir de cette messe chrismale, après avoir revisité les promesses de nos engagements envers le Seigneur, je voudrais nous souhaiter de tout mettre en œuvre pour rendre effectif l’appel que je ne cesse de vous adresser, appel au réarmement moral et spirituel des prêtres que nous sommes ! Comme le dit si bien Saint Paul dans sa lettre aux Romains : ‘‘ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait.’’ (Rm.12, 2)

Dès lors, allons-nous suivre le monde tel qu’il est et dans les contours qui sont les siens aujourd’hui; ce monde qui a décidé de marcher à contre-courant des valeurs de l’évangile, valeurs dont nous sommes les intendants de par notre ordination ? Je nous engage tous, à nous démarquer, pour nous inscrire résolument à la suite du Christ qui ne sera jamais un homme du passé !

Ce réarmement moral et spirituel, c’est celui que je voudrais adosser aux questions auxquelles vous allez répondre dans quelques minutes. Je les reprends ici :  Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes, en étant fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle que vous avez reçue, par amour du Christ et pour le service de son Eglise ? Voulez-vous, à la suite du Christ, notre chef et notre pasteur, accomplir ce ministère avec désintéressement et charité ?

 Je ne vous apprends rien, en vous disant que nous vivons à l’heure des réseaux sociaux, ce véritable voyeurisme des temps nouveaux, où  chaque acte posé, chaque parole prononcée, chaque geste est épié et grossi volontairement à souhait, avec des desseins parfois bien malveillants. Nous avons une responsabilité et elle est grande : vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus pour lui ressembler en paroles et en actes !

C’est ici que le message de la première lecture tirée d’Isaïe doit prendre toute son importance pour nous ! En effet, il y est question de l’identité du serviteur. Dans cette lecture, le serviteur de Dieu dit lui-même ce qu’il croit de sa personne et de sa mission. Il a conscience d’avoir été connu, formé et appelé par Dieu pour être son porte-parole. Le message qu’il transmet a pour but de provoquer le renouveau du peuple d’Israël et d’annoncer la délivrance de Dieu jusqu’au bout du monde. Et s’il a traversé une période d’incertitude devant l’apparente inutilité de ses efforts, il n’en demeure pas moins que Dieu Lui redonne de l’assurance pour accomplir sa mission, celle d’être lumière pour l’humanité !

        Chers confrères,

Nous aussi, à la suite du Christ, nous avons pour vocation d’être lumière pour nos concitoyens. Et pour que nos lumières brillent dans notre monde friand de ce qui éblouit sans vraiment éclairer, il nous faut chaque jour chercher à ressembler davantage à notre Maître et Seigneur Jésus-Christ, en renonçant à nous-mêmes, en acceptant de nous laisser dépouiller de nos certitudes et de nos ambitions personnelles pour épouser les vues de Celui à la suite de qui nous nous sommes consacrés pour le salut de nos frères.

 Se laisser dépouiller de nos certitudes et de nos ambitions personnelles, c’est par exemple commencer à respecter les huiles que nous allons bénir au cours de cette célébration. Qu’il me soit permis de vous rappeler qu’un sacrement est, par définition et selon le catéchisme que nous enseignons, un signe visible, qui représente une réalité invisible et qui est porteur de grâce ! Avons-nous encore conscience de cela ? Comment administrons-nous les sacrements aujourd’hui ? Sommes-nous préoccupés de faire de nos fidèles uniquement des baptisés ou des chrétiens ? 

Renoncer à soi-même, c’est vouloir ce que le Christ veut ! Renoncer à soi-même, c’est vivre pleinement nos engagements, sans faux fuyants et sans vouloir se dédouaner là où la seule action à mener, c’est un véritable repentir ! Renoncer à soi-même, c’est finalement ouvrir large les portes de nos cœurs et permettre à l’Esprit Saint de faire son œuvre en nous ! Renoncer à soi-même, c’est en fin de compte, aspirer à la sainteté ! Au nom du Seigneur, aspirons à la sainteté sans laquelle, notre message ne pourra provoquer le renouvellement dans nos sociétés !

2-  Pour un renouvellement dans nos sociétés 

Frères et sœurs,

Lors de mon message à l’occasion de la Pâque 2020, j’avais fait remarquer que la pandémie que nous traversons a ,dans une certaine mesure, redonné à la nature ses droits : l’univers respire à nouveau sans que les hommes qui l’agressaient hier ne disparaissent tous pour autant de la surface du globe terrestre !... Les croyants, faute de pouvoir se retrouver dans leurs lieux de cultes habituels, sont devenus inventifs, généreux et plus responsables dans la prière !

Nos états, même les plus puissants sont obligés d’admettre leurs limites ! Les hommes et les femmes, qu’ils soient riches ou pauvres, se rendent compte de leur finitude et de la vanité de bien de choses, parce que tous sont logés à la même enseigne devant ce mystère encore incompris de la Covid-19, qui nous met face à la réalité de la mort implacable! Finalement, cette pandémie implique ,à mon avis, pour nous aujourd’hui, un retour au sens premier ,dans la réalisation de notre vocation d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu et appelés à sa ressemblance ! Fin de citation.

Pour comprendre le sens premier de notre vocation d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu et appelés à sa ressemblance, revenons à la page de l’évangile de ce jour où Jésus expose solennellement le sens de sa mission : le temps du salut qu’annonçait le prophète Isaïe, la libération attendue par les pauvres, c’est maintenant avec Lui, Jésus, qu’il s’accomplit. Mais un problème va se poser pour les gens de Nazareth : comment reconnaître en cet homme si familier, si proche, le prophète puissant qu’ils espéraient ?

Comme vous le savez certainement, l’une des caractéristiques des envoyés de Dieu dans la Bible, est d’être rejetés. Et Jésus ici l’est déjà; ce qui ne l’empêche pas d’annoncer que le projet du salut  de Dieu est pour tous les peuples ! Et c’est cela votre mission à vous aussi : annoncer à notre pays, à nos frères et sœurs, que Dieu a un merveilleux plan pour nous. Vous aussi, à la suite de vos pasteurs, il vous faut annoncer Jésus. Mais pour y arriver, il faudra tirer les leçons que la pandémie de la Covid-19 nous enseigne.

Chers frères et sœurs

L’une des leçons que nous pouvons tirer de cette pandémie dans laquelle nous sommes et dont nul ne peut prédire avec certitude la fin à cause des résurgences constatées ici et là partout dans le monde, c’est l’humilité qui doit tous nous caractériser! En effet, tous autant que nous sommes, ce virus invisible à l’œil nu nous a imposé de nouvelles manières de vivre ! Ce virus, nous a révélé ,si besoin était, la précarité de la vie et les vanités des biens matériels et bien d’autres certitudes que nous tenions pour acquis ! Certains qui se croyaient indispensables dans leurs milieux de vie ont fini par déchanter ! Et il est encore là, ce même virus, qui nous invite à la prudence !

Tout en vous félicitant d’avoir réussi à maintenir votre foi active lors des premiers instants de cette pandémie, je voudrais vous exhorter à aller plus en profondeur dans votre engagement à la suite du Christ, en toute humilité. L’humilité, c’est la clé qui ouvre le cœur de Dieu. En effet, Dieu ne se révèle pas aux petits et aux humbles par condescendance, encore moins par commisération ou par souci de justice, comme pour compenser leurs manques dans bien des domaines de leurs vies !

Non, Dieu n’a pas de préférence ! Il ne se révèle pas aux petits en priorité, mais, grâce à leur humilité, ces derniers l’accueillent plus facilement, Lui l’auteur de toute vie! Les humbles, ce sont ceux qui n’ont pas les yeux des prétentieux qui se ferment à toute lumière autre que leurs petites bougies à eux! Demandons la grâce de l’humilité et Dieu nous l’accordera. 

Sous d’autres cieux et même chez nous ici en Côte d’Ivoire, cette pandémie aura réussi à imposer aux hommes la distanciation physique au risque de contaminer ou de se faire contaminer ! Comment ne pas se réjouir des efforts consentis par tous pour respecter tant bien que mal ces mesures, parce qu’il y va de notre intérêt et de notre vie ! Pareillement, et parce qu’il s’agit encore et toujours de vie, pourquoi ne pas nous inspirer de cette distanciation dans notre lutte contre le péché ? Distanciation d’avec le mal et ce qui conduit au mal ! Distanciation d’avec nos mauvais penchants ! Distanciation d’avec nos désirs de grandeur ! Distanciation d’avec tout désir de haine, de colère ,de vengeance ! Distanciation d’avec tout ce qui nous éloigne de Dieu et de nos frères et sœurs ! Cela peut paraître difficile. Mais c’est notre croix à porter pour la gloire de Dieu et pour notre bonheur à tous !

 

3-  De la fécondité de la croix !

Révérends Pères,                                                                                

Chers frères et sœurs,

Quelqu’un a dit un jour que l’annonce vraie de l’évangile conduit à la croix. Lundi, nous célèbrerons la fête de la croix glorieuse, cette fête qui comme je le disais au début de cette homélie, nous invite à remercier Dieu pour le don de son Fils qui a offert sa vie pour nous ,en acceptant de mourir sur une croix, afin que cet instrument de torture, devienne pour les croyants de tous les temps, le signe glorieux de la résurrection du Christ et de notre salut, annonçant ainsi que Celui qui aura toujours le fin mot de l’histoire de notre humanité, c’est bien notre Dieu.

Quelle grâce pour nous ,de savoir que Dieu aura le dernier mot de notre histoire ! Mais pour y parvenir, que de croix devrons-nous supporter au nom de notre attachement au Christ ? Mais encore, il nous faut être précis. A la question pourquoi ‘‘exalter ’’ la croix ? Le Pape François répond par ces mots d’une belle justesse : ‘‘ nous n’exaltons pas une croix quelconque, ou toutes les croix : nous exaltons la Croix de Jésus, parce qu’en Elle s’est révélé au plus haut point l’Amour de Dieu pour l’humanité.’’

A la question de savoir ensuite pourquoi la Croix a-t-elle été nécessaire, le Saint Père de poursuivre : ‘‘ à cause de la gravité du mal qui faisait de nous des esclaves. La Croix de Jésus exprime ces deux choses : toute la force négative du mal, et toute la douce toute-puissance de la Miséricorde de Dieu. La Croix semble décréter l’échec de Jésus, mais en réalité, elle marque sa Victoire.

Sur le Calvaire, ceux qui se moquaient de Lui disaient : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la Croix » (cf. Mt 27, 40). Mais c’est l’inverse qui était vrai : c’est justement parce qu’il était le Fils de Dieu que Jésus était là, sur la Croix, fidèle jusqu’à la fin ,au dessein d’amour du Père. Et c’est justement pour cela que Dieu a « exalté » Jésus (Ph 2, 9), en Lui conférant une Royauté universelle.

Et quand nous tournons notre regard vers la Croix où Jésus a été cloué, nous contemplons le Signe de l’Amour, de l’Amour infini de Dieu pour chacun de nous et la racine de notre salut. De cette Croix jaillit la Miséricorde du Père qui embrasse le monde entier. Par la Croix du Christ le malin est vaincu, la mort est défaite, la vie nous est donnée, l’espérance rendue. Cela est important : par la Croix du Christ, l’espérance nous est rendue. La Croix de Jésus est notre unique espérance véritable ! Voilà pourquoi l’Église « exalte » la Sainte-Croix, et voilà pourquoi nous, chrétiens, nous bénissons avec le signe de Croix. C’est-à-dire que nous n’exaltons pas les croix, mais la Croix glorieuse de Jésus, Signe de l’Amour immense de Dieu, signe de notre salut et de notre chemin vers la Résurrection. Telle est notre espérance.’’ Fin de citation.

Frères et sœurs,

        C’est cette espérance que je voudrais partager avec vous tous : parce que nous avons mis notre foi en Jésus-Christ, nous ne devons pas craindre mais plutôt prier pour que sa croix féconde la vie de notre Eglise et partant, de chacun de nous. De tout cœur, je prie pour vous : que toutes les croix de vos vies, qu’elles soient imposées par des tiers ou par le Seigneur, se convertissent en chemin de rencontre avec la croix victorieuse de Jésus afin que vous puissiez répondre à votre vocation profonde dans le monde de ce temps !

Avec vous, j’élève la Croix du Christ sur notre pays et tous ses habitants afin que le malin soit vaincu, que la mort soit défaite, que la vie soit donnée à tous, et que l’espérance nous soit rendue en ces moments incertains de notre histoire, par Lui Jésus, à qui appartiennent la puissance,la gloire et l’honneur, pour les siècles sans fin. AMEN

        Chant : Christ est avec moi, je n’ai plus peur…

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ

Archevêque d’Abidjan

 

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