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DECLARATION DE L’ASSOCIATION DES CADRES CATHOLIQUES DE COTE-D’IVOIRE SUITE A L’INTERVENTION DES MINISTRES KOUASSI ADJOUMANI, ANOBLE FELIX, GOUDOU-COFFIE, DANHO PAULIN ET ADOM ROGER

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  • Alex
  • sept. 15, 2020

Chers Frères et Sœurs en Christ et en humanité,
Mesdames et Messieurs les Journalistes et Responsables de presse et réseaux sociaux,
Mesdames et Messieurs,
A tous les hommes et femmes de bonne volonté,
Nous vous adressons nos fraternelles et respectueuses salutations.

Chers Frères et Sœurs en Christ et en humanité,
Mesdames et Messieurs les Journalistes et Responsables de presse et réseaux sociaux,
Mesdames et Messieurs,
A tous les hommes et femmes de bonne volonté,
Nous vous adressons nos fraternelles et respectueuses salutations.

Le Concile Vatican II, dans sa Constitution dogmatique sur l’Eglise affirme ceci qu’il nous a paru nécessaire de relever à l’entame de nos propos : ‘‘Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. Lumen Gentium n°14

I/ DES FAITS

Le 31 août 2020, Son Eminence Jean-Pierre Cardinal KUTWA, Archevêque Métropolitain d’Abidjan s’adressait « à ses compatriotes » dans un « Appel au respect du droit dans la concertation »
Le 02 septembre 2020, dans une démarche et un contexte complètement inédits, Messieurs KOBENAN Kouassi Adjoumani, ANOBLE Félix, DANHO Paulin Claude, ADOM Roger et Madame GOUDOU-COFFIE Raymonde, membres du Gouvernement ivoirien, convoquaient des journalistes dans la cour de la Cathédrale Saint-Paul d’Abidjan. Devant ceux-ci, les ministres de la République, se présentant comme « fils catholiques, fils du Cardinal » disaient faire une déclaration en leur nom personnel à la suite d’une déclaration à titre personnel de Son Eminence. Ils indiquaient, en substance, ce qui suit et je cite : « Le lundi 31 août 2020, en fin d’après-midi, nous avons pris connaissance d’une déclaration du Cardinal Jean-Pierre KUTWA qui a décidé de s’exprimer à titre personnel sur l’évolution de la situation socio-politique… Celle-ci consisterait à nous interpeller face à la crise que nous vivons et contribuer à la recherche de voies et moyens de sorte à permettre de vivre ensemble (…). La prise de parole de son Eminence ne va pas dans le sens de l’apaisement du climat social… ». Fin de citation

II/ ANALYSE

II.1/ DE L’ANALYSE EN LA FORME

Primo, le cadre de cette déclaration est problématique. Selon des informations reçues des Responsables du Centre Culturel, les organisateurs de la rencontre ont initialement entrepris de réserver une salle de réunion dans les locaux du Centre Culturel de la Paroisse-Cathédrale pour le compte d’une Association dite des Femmes Fonctionnaires du Zanzan. Le constat final nous révèle que ce n’était qu’un subterfuge pour avoir accès au lieu.
Que des Cadres catholiques louent une salle de la Cathédrale, quoi de plus normal ! Mais que ceux-ci passent par des moyens déguisés pour y accéder, cela pose question.
Au-delà de l’anecdote, l’Association des Cadres Catholiques observe que ces organisateurs n’ont eu aucun égard ni pour le caractère sacré des lieux, ni pour l’Ordinaire des lieux. Est-il besoin de rappeler que le Métropolitain, qu’est l’Archevêque du diocèse d’Abidjan, préside la Province ecclésiastique et l’Eglise particulière qui lui est confiée, en communion avec le Siège Apostolique sans aucune entrave? Monsieur KOBENAN Kouassi Adjoumani et ses acolytes, se prétendant « fils du Cardinal », devraient plutôt, en respect de cette filiation et dans le sens de la correction fraternelle, entreprendre la démarche, empreinte de charité, vis-à-vis de leur « Père Cardinal », au lieu de s’offrir et offrir ce spectacle désolant à la Cathédrale!
Secondo, dans sa déclaration, le ministre KOBENAN Kouassi Adjoumani dit, parler tantôt au nom des Cadres Catholiques de Côte d’Ivoire, tantôt au nom des Cadres Catholiques du RHDP.
L’Association des Cadres Catholiques de Côte-d’Ivoire (ACC-CI) rappelle solennellement que contrairement à ses propos, Monsieur KOBENAN Kouassi Adjoumani n’est pas son porte-parole. Ses actes et propos ne sauraient, en conséquence, engager cette Association qui existe depuis 1980.
A titre de rappel, le Congrès électif des 15 et 16 février 2020 a renouvelé les instances et doté l’ACC-CI d’un Conseil d’Administration et d’un Bureau Exécutif National, conduits respectivement par Monsieur HAUHOUOT Asseypo Antoine et Monsieur
LOBA Martin.
A côté des organes centraux de l’ACC-CI, il existe des organes décentralisés que sont les Bureaux Locaux Paroissiaux et les Conseils Diocésains conformément aux articles 35, 43, 56 et 64 de ses Statuts.
Nulle part, il n’est prévu de démembrements politique, syndical ou corporatiste. Prétendre parler au nom des Cadres Catholiques RHDP est un miroir grossissant et déformant de la réalité, preuve supplémentaire de leur méconnaissance de l’ACC-CI.

En déclarant parler au nom des Cadres Catholiques RHDP, ceux-ci tendent à ségréguer les Cadres Catholiques selon leur coloration politique. Ce qui est contraire, d’une part, aux textes de l’ACC-CI et, d’autre part, à l’esprit de l’Évangile qui prône l’unité de tous les chrétiens quelle que soit leur origine politique, ethnique, clanique et sociale.

II.2/ DE L’ANALYSE AU FOND

Monsieur KOBENAN Kouassi Adjoumani et ses collègues du Gouvernement soutiennent donner leur « point de vue », leur « vision » « et surtout leur compréhension de la Déclaration du Cardinal » « qui a décidé de s’exprimer à titre personnel » !
Le faisant, ils corrompent volontairement le Message de Son Eminence. Celui-ci s’est justifié en indiquant « que sa responsabilité de Pasteur étant engagée », « il ne puit se taire » face à la crise pré-électorale qui se profile à l’horizon de la nation ivoirienne.
Aussi, a-t-il suffi que Son Eminence Jean-Pierre Cardinal KUTWA, comme « un guetteur » pour la Maison Ivoire, déclare ceci : « Je ne peux pas ne pas me tourner avec respect vers le Président de la République, Chef de l’Etat dont la candidature à ces prochaines élections, n’est pas nécessaire à mon humble avis. Son devoir régalien de garant de la Constitution et de l’unité nationale appelle son implication courageuse, en vue de ramener le calme dans le pays, de rassembler les ivoiriens, de prendre le temps d’organiser les élections dans un environnement pacifié par la réconciliation… », pour qu’il subisse l’anathème. « La prise de parole de son Eminence ne va pas dans le sens de l’apaisement du climat social » dixit le Sieur KOBENAN Kouassi Adjoumani!
Quel chrétien catholique pourrait ignorer ce que prescrit le Code de Droit Canonique : « Il appartient à l’Eglise d’annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne l’ordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où l’exigent les droits fondamentaux de la personne humaine ou le salut des âmes. » ? (Cf. Canon n° 747)
A ce propos, le Concile VATICAN II déclare solennellement, dans la Constitution Pastorale Gaudium et Spes, que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ (…) » (Cf. G S n° 1).
Tel est tout le sens de la Doctrine sociale de l’Eglise Catholique! Telle est la justification de la démarche pastorale de Son Eminence Jean Pierre Cardinal KUTWA!
Que des ministres, au nom du principe de la laïcité, décrètent que Son Eminence Jean-Pierre Cardinal KUTWA n’avait pas qualité pour prendre position sur la situation politique de la Côte-d’Ivoire, au risque d’exaspérer en le faisant, la fracture sociale actuelle, cela tombe sous le sens !
Il convient, dès lors, de rappeler à Monsieur KOBENAN Kouassi Adjoumani et à ses Collègues, que l’Église, étant dans le monde, comme « Société constituée et organisée en ce monde » (Cf. Lumen Gentium n° 8), elle doit se préoccuper des souffrances de l’humanité et précisément des peuples qui la composent. C’est à cela qu’elle se posera véritablement comme « le sacrement universel du salut » (Cf. Lumen Gentium, n° 48 et Gaudium et Spes, n° 45).
C’est donc fort de cette vocation missionnaire que l’Eglise Catholique de Côte-d’Ivoire, à travers les Déclarations, Lettres pastorales, Adresses soit de la Conférence de ses Evêques et de son Clergé, a toujours interpellé les acteurs politiques nationaux et internationaux à des moments cruciaux de la vie de notre pays et ce, afin d’éviter toute dérive pouvant porter des conséquences nuisibles et imprévisibles.
Depuis 1963, l’Eglise de Côte-d’Ivoire, par la voix des différents Cardinaux et Evêques n’a cessé d’interpeller les acteurs politiques nationaux et même internationaux sur la nécessité du dialogue, de la liberté d’expression et de la justice sociale, en vue de la préservation de la paix et de la cohésion sociale, et au-delà la dignité de la personne humaine et l’inviolabilité de la vie humaine.
C’est plutôt le lieu de relever le courage et la bonne volonté de nos Pères Evêques.
Ainsi :
En 1992, Son Eminence Bernard Cardinal YAGO, de vénérée mémoire, avait demandé au nom de la paix sociale, la libération des opposants politiques incarcérés,
En 1999, le Clergé catholique avait demandé la relaxe de toute la direction du RDR alors internée à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA),
En 2000, suite au coup d’Etat militaire, le Clergé catholique de Côte-d’Ivoire avait demandé à la junte militaire de remettre le pouvoir aux civils dans les meilleurs délais,
En 2010, alors que le parti au pouvoir voulait annuler les votes de certains départements de la région de Bouaké pour fraude, Son Excellence Monseigneur Paul-Siméon AHOUANA a contesté cette décision en affirmant qu’il n’y avait pas eu de fraudes,
En 2011, Son Excellence Jean-Salomon LEZOUTIE, Evêque coadjuteur du Diocèse de Yopougon, avait demandé le départ du Président Laurent GBAGBO afin d’avoir un climat post-électoral apaisé,
En 2019, La Conférence des Evêques Catholiques de Côte-d’Ivoire a demandé, au nom de la paix sociale, la libération des opposants politiques incarcérés.
Aussi, face aux périls qui guettent notre beau pays à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2020, Son Eminence Jean-Pierre Cardinal KUTWA, en bon père de famille, en Pasteur bienveillant et guetteur, après un moment d’observation, de réflexion et de prières, rappelle à tous l’urgence d’une introspection personnelle et collective. Le Cardinal montre sa constance dans ses différentes prises de position publiques et sa communion avec la Conférence des Evêques Catholiques de Côte-d’Ivoire.

En conséquence, l’Association des Cadres Catholiques de Côte-d’Ivoire,
Adresse une Motion de soutien au Cardinal et souscrit pleinement à toutes les déclarations, adresses et lettres pastorales des Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire, pris individuellement ainsi que ceux pris au titre de leur Conférence.

III/ EN GUISE DE CONCLUSION

L’Association des Cadres Catholiques de Côte-d’Ivoire comprend difficilement la ‘‘Démarche de compréhension’’ des ministres et l’ensemble de leurs propos, notamment lorsque leur chef de file Monsieur KOBENAN Kouassi Adjoumani souligne « qu’il n’est pas juste de dire que la réconciliation est plus importante que les élections ».
Nous, Cadres catholiques de Côte d’Ivoire, sommes en phase avec le Cardinal lorsqu’il affirme : « En vérité, la Réconciliation est plus importante que les élections… Laissons-nous réconcilier les uns avec les autres ! Tout le reste ira de soi ».
Par conséquent, nous invitons « les fils du Cardinal », comme l’enfant prodigue, à revenir à la Maison de leur Père, là où les attendent Pardon et Miséricorde.
« Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier s’il le paie de sa vie ? » Mc 8,36

Nous, Cadres Catholiques, lançons un appel solennel aux Chrétiens Catholiques et aux Ivoiriens de tout bord politique ou religieux, à cultiver les valeurs de paix, de tolérance, d’humilité, de liberté d’expression, d’acceptation et d’amour du prochain, afin de maintenir notre Pays, la Côte d’Ivoire, dont l’harmonie et la concorde constituent pour tous, des biens existentiels.

Que Dieu bénisse nos Frères et Sœurs en Christ et en humanité ; qu’Il transforme nos cœurs de pierre en cœur de chair ; qu’Il nous guérisse de notre orgueil, afin que Sa Paix Véritable et Durable règne en Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan, le 14 Septembre 2020

Pour le Bureau Exécutif National de l’ACC-CI
Le Président
M. LOBA Martin